Cannabis : faut-il brûler Cécile Duflot?

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Cannabis : faut-il brûler Cécile Duflot?

lesinrocks.com

Un monde sans drogues n’existe pas

14/06/2012
A la Marche Mondiale du cannabis 2012, à Paris (Basile Lemaire)
A la Marche Mondiale du cannabis 2012, à Paris (Basile Lemaire)

A quelques jours de la célébration du traditionnel Appel du 18 joint et en plein débat sur la légalisation du cannabis, j’ai reçu cette tribune de Laurent Appel (Asud, Auto-Support des Usagers de Drogues) et Jean-Pierre Galland (CIRC, Collectif D’Information et de Recherche Cannabique).

Interviewée dans le cadre de la campagne des législatives, Cécile Duflot a rappelé la position officielle de son parti depuis des lustres : la dépénalisation pour “supprimer le trafic et la violence”, y ajoutant la nécessité d’une “politique de santé publique et de prévention, notamment vis-à-vis des plus jeunes”. Elle a bien pris soin de préciser:

“Je sais que ce n’est pas la position du gouvernement, mais là, je suis la secrétaire nationale d’EELV.”

Et pourtant son titre de ministre du Logement a déclenché une polémique stérile. La droite a opportunément profité de cette divergence mineure pour cogner sur la majorité présidentielle à grands coups d’arguments éculés et démagogues. Par exemple avec la fumeuse théorie de l’escalade brandie par Henri Guaino:

“C’est vraiment un désastre moral, cette idée de légaliser le cannabis comme s’il n’y avait pas de rapport entre drogues douces et drogues dures !”

Déjà évoqué par Manuel Valls lors des primaires socialistes, ce lien causal est réfuté par de nombreux experts dont Francis Curtet, médecin addictologue peu suspect d’angélisme, qui déclare dans Le Progrès :

“Il y a environ 4 % de gens qui prennent du cannabis qui ensuite passent aux drogues dures. Ceux qui consomment du cannabis de façon récréative n’ont aucune raison de passer aux drogues dures.”

Jean-François Copé, lui, sombre dans l’alarmisme outrancier:

“Ces annonces sur la dépénalisation du cannabis, quand on sait les ravages sur la santé des jeunes en termes neurologiques, psychologiques !”

On imagine déjà des hordes de schizos se ruant aux urgences psychiatriques. Pourtant selon l’OFDT:

«Des pathologies mentales peuvent apparaître lors d’une consommation aiguë : troubles anxieux, voire psychotiques avec idées délirantes, évoluant en schizophrénie. Des cas rares (1/10.000 personnes) et d’origine multifactorielle. » (Libération, 07.06.12)

Quant à Eric Ciotti, il ironise sur la pseudo-permissivité de la gauche :

“Aujourd’hui, l’angélisme qui explique que le cannabis est une substance sympathique qui ne comporte aucun danger est de retour au gouvernement.”

Et Marine Le Pen persiffle sur “le retour des soixante-huitards, pétards au bec”. Comme on pouvait le constater dans le jeune et joyeux cortège de la dernière Marche Mondiale du Cannabis, les hippies et les gauchistes d’antan ne se mobilisent plus massivement pour sa légalisation (voir la vidéo ci-dessous).

Par contre, leurs enfants et leurs petits-enfants sont les rois du pétard en Europe. D’après l’enquête ESPAD réalisée en 2011, 24% des jeunes Français entre 15-16 ans déclarent avoir tiré sur un cône au cours du dernier mois pour une moyenne européenne de 7%. En 2007, ils n’étaient que 15%. La politique de tolérance zéro et les campagnes stigmatisantes de la Mildt n’ont en rien endigué la progression de la consommation dans la jeunesse.

La dictature de l’abstinence est incompatible avec l’éducation à un usage raisonnable et la réduction des risques. La violence liée au trafic ne cesse d’augmenter dans nos quartiers, l’overdose de plomb par AK47 devient un risque majeur du cannabis.

Avec un bilan aussi catastrophique, les caciques de l’UMP en croisade pour quelques voix se discréditent et devraient se faire vertement rabrouer par tout politicien sensé. Les arguments pragmatiques en faveur d’un changement de politique ont été largement exposés dans une multitude d’articles, de rapports et d’émissions qui ont alimenté le débat ces dernières années. Comme Xavier Bertrand, on pourrait légitimement croire que “Si la gauche l’emporte [aux législatives], il y aura légalisation du cannabis.” Apparemment non !

Pour le cannabis le changement n’est pas pour maintenant. Le Président, le Premier Ministre, le ministre de l’Intérieur et de nombreux ténors socialistes entendent poursuivre la politique désastreuse de leurs prédécesseurs. Ils craignent de perdre des voix dans ce procès en laxisme machiavélique lancé par l’UMP. Après une victoire de la gauche aux législatives, l’intérêt électoral primera-t-il encore sur l’intérêt de la jeunesse française pourtant si chère à notre nouveau Président ?

Les voix divergentes de Cohn-Bendit, Mamère, Mélenchon, Vaillant et même Madelin plaident pour un débat plus serein et plus constructif. La nomination d’une commission indépendante d’évaluation des expériences alternatives en matière de drogues constituerait la base indispensable à la refondation de notre politique des addictions. C’était d’ailleurs la proposition de Jean-Marc Ayrault en 2011 lors de la remise du rapport Vaillant sur le cannabis. Aujourd’hui, il préfère certainement l’oublier, aussi soyons nombreux pour la lui rappeler le 18 « joint » à 18h00 sur la pelouse de la Villette et partout en France.

Laurent Appel (ASUD, Auto-Support des Usagers de Drogues)

Jean-Pierre Galland (CIRC, Collectif D’Information et de Recherche Cannabique)

A voir aussi, notre reportage à la Marche mondiale du cannabis 2012

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