Quid des effets cardiovasculaires du cannabis à long terme ?

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Boston, Etats-Unis – Selon l’étude américaine MIOS (Determinant of MI Onset Study), publiée dans l’American Heart Journal, les fumeurs de cannabis avant un infarctus (IDM) ne présentent pas de surmortalité à long terme après l’évènement .

La question méritait d’être soulevée, car elle n’a, épidémiologiquement, rien de marginal. Dans la tranche d’âge des 50-60 ans, 6,2% des américains étaient consommateurs d’une drogue illicite en 2009 – principalement le cannabis. On peut soupçonner une certaine sous-déclaration, et si la pente enregistrée depuis 2002 – à cette époque, la proportion de consommateur parmi les 50-60 ans était de 2,7% – se prolonge, le chiffre à considérer aujourd’hui est vraisemblablement de l’ordre de 10%.

A très court terme, les choses sont claires : le cannabis augmente la libération de catécholamines, qui augmentent le rythme cardiaque, et les risques ischémique et arythmique. La multiplication du risque d’IDM par un facteur 4,8 a d’ailleurs été montrée dans les heures qui suivent une prise de cannabis [2].

A plus long terme, l’impact cardiovasculaire du cannabis est moins évident. Le tétrahydrocannabinol, principal principe actif, est un agoniste des récepteurs CB1, dont la stimulation pourrait avoir un impact négatif sur les lipides, et CB2, qui pourraient à l’inverse limiter l’inflammation.

Les résultats cliniques sur les effets du cannabis à long terme ne sont d’ailleurs pas plus clairs. Les études menées en population générale ne concluent pas systématiquement à une surmortalité.

Chez des coronariens, une analyse préliminaire de MIOS, menée sur 1913 sujets victimes d’un IDM, dont 52 fumeurs de cannabis, montrait, avec un suivi de 3,8 ans, un risque de mortalité augmenté d’un facteur 2,5 pour une consommation inférieure à une fois par semaine, et d’un facteur 4,2 pour une consommation supérieure [3]. Mais les résultats complets de MIOS ne confirment pas ces résultats préliminaires.
Un excès de mortalité de 29%, non significatif

Ces résultats complets portent sur 3886 sujets, recrutés entre 1989 et 1996 après un IDM, et dont la mortalité a été suivie sur une durée moyenne de 12,7 ans. Après diverses exclusions, l’analyse a porté sur 2097 sujets. Au total, 519 sujets sont décédés en cours de suivi, dont 22 des 109 sujets ayant déclaré avoir consommé du cannabis dans l’année précédant leur IDM.

L’analyse, ajustée par scores de propensité, montre une mortalité toutes causes des consommateurs supérieure de 29% à celle des non consommateurs. Mais cet écart n’est pas significatif (p=0,28). Il ne semble par ailleurs pas exister de relation dose-effet, puisque le risque relatif chez les sujet consommant du cannabis moins d’une fois par semaine se monte à 1,31 ( p=0,36 par rapport aux non consommateurs), contre 1,27 (p=0,51) pour les sujets consommant plus d’une fois par semaine. Enfin, la restriction de la période d’étude à 10 ans ne modifie pas les résultats – ni la tendance, ni l’absence de significativité.

Un peu d’embarras du côté des investigateurs

Une telle étude comporte évidemment un certain nombre de limites, à commencer par l’absence d’information sur la prévention secondaire mise en place après l’IDM. Les patients ont-ils arrêté de fumer du cannabis ? Du tabac ? Les auteurs notent avoir tenté de compenser ce manque d’information en incorporant le revenu moyen du foyer à leurs ajustements.

D’autres limites, comme la sous-déclaration de la consommation, ou la non prise en compte de décès survenus en dehors des Etats-Unis, n’ont vraisemblablement pas d’impact sur l’association entre consommation de cannabis avant un IDM, et survie à long terme.

Association ou non association, d’ailleurs. Les auteurs sont manifestement embarrassés par une tendance, qui suggère un sur-risque, mais n’atteint pas la significativité. « Des études plus importantes, comportant des mesures répétées de la consommation de cannabis, sont nécessaire pour conclure définitivement si fumer du cannabis entraine des conséquences cardiovasculaires délétères chez les coronariens avérés », soulignent-ils. En attendant, « il semble prudent d’avertir les coronariens et les patients à haut risque cardiovasculaire de s’abstenir de fumer de cannabis ». Une conclusion qui est elle-même on ne peut plus prudente.
Source : http://www.medscape.fr

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